Le corps fait partie intégrante de ton écriture. Cet exercice a pour but de te faire comprendre comment ton mouvement, ta posture et ton énergie soutiennent — ou sabotent — ton texte. Le but n’est pas de “jouer plus”, mais de jouer juste.
1. Observer ton corps neutre
Commence par jouer ton sketch sans texte. Fais-le en silence, uniquement avec ton corps. Essaie d’exprimer les émotions principales de ton passage : colère, gêne, fierté, enthousiasme. Filme-toi. Regarde ensuite : est-ce que ton corps raconte déjà quelque chose ? Est-ce qu’il attire ou bloque l’attention ? Cet exercice vient directement de ce que j’explique dans Le Guide Ultime du Stand-up : avant d’être drôle, tu dois être lisible.
2. Identifier tes gestes parasites
Rejoue ton sketch avec le micro, cette fois en paroles. Note chaque geste que tu fais sans raison : grattage, balancement, marche automatique, bras en croix. Ces mouvements inutiles brouillent ton intention. Greg Dean insiste sur ce point : “Everything you do must serve the joke.”
Remplace chaque geste réflexe par une position stable ou un déplacement motivé. Par exemple, avance quand tu t’impliques, recule quand tu prends du recul, baisse la tête pour suggérer la honte. La simplicité est plus claire que la gestuelle forcée.
3. Synchroniser ton geste avec le sens
Choisis trois moments précis de ton sketch : une montée, une chute et une transition. Travaille chaque moment en associant un geste ou un déplacement clair à ton intention. Jared Volle parle de physical emphasis : quand le geste et le texte s’alignent, le cerveau du spectateur reçoit la blague comme un impact complet, verbal et visuel. Par exemple, un léger pas en avant au moment de la punchline donne plus de poids au mot.
4. Jouer la variation
Refais le même sketch trois fois :
– Une version statique, où tu restes presque immobile.
– Une version mouvante, où tu exagères chaque geste.
– Une version dosée, où tu choisis consciemment quand bouger.
Regarde les vidéos. Tu sauras immédiatement laquelle respire le mieux. Dans Awkward Connections, Antti Lindfors explique que le public perçoit la sincérité à travers la cohérence physique : le bon mouvement est celui qui semble nécessaire, pas celui qui cherche à séduire.
Conclusion
Ton corps n’est pas un accessoire : c’est ton premier instrument comique. Chaque geste raconte, chaque silence physique souligne. Travailler ton mouvement, c’est affiner ton rythme, ta clarté et ton intention. Le comédien débutant bouge pour combler. Le comédien avancé bouge pour raconter. Et le jour où ton texte et ton corps disent la même chose, ton humour devient évident.
