Un sketch drôle n’est pas forcément un sketch bien écrit. C’est souvent un sketch bien coupé. L’efficacité comique ne tient pas dans la richesse du vocabulaire, mais dans la précision. Chaque mot inutile affaiblit la blague. En stand-up, l’économie de texte n’est pas une contrainte littéraire : c’est une arme de rythme.
Le principe de densité
Greg Dean l’explique très clairement : le rire naît quand la surprise arrive le plus vite possible. Plus tu éloignes la punchline, plus tu dilues la tension. Tout mot qui ne construit pas cette tension retarde le rire. Dans Le Guide Ultime du Stand-up, j’insiste sur cette idée : le texte comique n’est pas une narration complète, c’est une sculpture du silence. Tu tailles, tu ajustes, tu retires ce qui dépasse jusqu’à ce que seule l’intention reste visible.
Mel Helitzer, dans Comedy Writing Secrets, parle du “Power Word Principle” : chaque phrase doit contenir un mot-pivot, un mot chargé, celui qui provoque la réaction. Tout le reste doit s’effacer autour de lui. L’humour n’a pas besoin de décor, il a besoin de direction.
Le poids des mots inutiles
Les adjectifs, les adverbes, les reformulations sont les ennemis naturels du stand-up. Ce sont des ralentisseurs. En narration, ils enrichissent le ton ; sur scène, ils tuent la pulsation. L’humour ne supporte pas le gras. Jared Volle, dans Mechanics of Comedy, parle de “verbal clutter” — cet amas de mots qui comble le vide mais empêche la musique de passer.
Quand tu dis “Il était vraiment très, très fatigué”, tu as déjà perdu ton tempo. Le public ne rit pas de la description, il rit de l’image mentale. Et cette image, il la fabrique mieux quand tu lui donnes moins.
La clarté comme moteur comique
Écrire court, ce n’est pas écrire sec. C’est écrire clair. Ce travail de coupe révèle ton style : tu apprends à choisir ce qui compte. Dans Le Guide Ultime du Stand-up, je décris cette étape comme le passage du bavard au sculpteur : tu ne dis plus tout, tu suggères. Et le public, lui, rit parce qu’il complète. Le minimalisme crée la participation.
Conclusion
Couper, ce n’est pas enlever du sens, c’est concentrer l’énergie. Le texte comique ne gagne pas en richesse, il gagne en tension. Chaque mot compte, chaque silence sert. Si ton texte se lit vite, il se rit fort. Parce que le rire, lui, n’a pas le temps d’attendre.
